Guerre en Ukraine : l’annexion de la Crimée en 2014, là où tout a commencé ?
发布时间:2026-09-22 | 浏览:1
L’Ukraine augmente la pression militaire sur la Crimée, depuis quelques semaines . Notamment grâce à l’arrivée de toutes nouvelles armes occidentales. Cette péninsule, avancée dans la mer Noire est un espace militaire stratégique pour la Russie. Or, il y a tout juste 10 ans, la Crimée faisait encore partie de l’Ukraine.
On dit parfois que le début de la guerre en Ukraine a commencé en 2014, quand la Russie a annexé l’Ukraine. Comment s’est opéré ce basculement de la Crimée, sous le giron russe ? L’Histoire continue revient sur le fil de ces évènements, quand de petits hommes verts, armés jusqu’aux dents sont apparus dans la capitale de la Crimée, sans insigne et sans bataillon, prenant tout le monde par surprise.
28 février 2014 : la prise de l’aéroport de Simferopol
Pour bien comprendre tout l’enjeu que représente la Crimée, revenons au 28 février 2014, à Simferopol, capitale de la Crimée.
Aux pieds des pistes de l’aéroport de Simferopol, c’est la confusion. Les journalistes de la RTBF viennent d’arriver et assistent littéralement à la prise de l’aéroport.
Qui sont ces hommes, armés de battes de base-ball ? Plus tôt dans la journée, dans le centre-ville, ils ont pris le parlement de Crimée . Sur le gros bâtiment octogonal en béton flotte le drapeau russe. " Au début, ils portaient des vêtements de civils quand ils sont arrivés vers minuit. Après, ils ont mis leur uniforme quand ils ont pris position ", raconte le secrétaire ukrainien à la Sécurité nationale. Désormais munis d’armes automatiques, les hommes patrouillent. L’uniforme en question est vert. Treillis militaire, casque rond, gilet pare-balles, arme automatique, cagoule noire. Leur image apparaît sur les écrans de télé du monde entier.
Alain Lallemand , journaliste pour le quotidien Le Soir, ancien grand reporter, a suivi les évènements sur place. Il témoigne : " Ils n’étaient pas forcément lourdement armés. Mais ils bénéficiaient d’un armement de toute dernière génération ." Ces " Petits hommes verts ", seront les personnages de cette annexion de la Crimée extrêmement rapide. Celle-ci n’a d’ailleurs, pas tout de suite dit son nom. " On s’est rendu compte après que ce n’étaient, non pas, des milices locales d’autodéfense, mais que c’était en fait des KSO, des forces spéciales venues depuis le 22 février de Russie, entrées à Sébastopol par le port ", explique Alain Lallemand.
Sans insigne, sans bataillon et sans drapeau, ces hommes prennent le contrôle de la capitale de la Crimée et d’une série d’installations stratégiques. Cette séquence, ni de paix, ni de guerre, a fait passer la Crimée du giron de l’Ukraine à celui de la Russie, de facto. Et, souligne Alain Lallemand, " pour l’armée russe, c’est une opération presque sans perte ".
Archives : au JT, la prise de l'aéroport de Simferopol, la capitale de la Crimée
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Ianoukovitch destitué, après les soulèvements de la place Maïdan
Quelques jours plus tôt, sur la place Maïdan à Kiev, le peuple s’est soulevé dans de grandes manifestations pro-européennes. 85 personnes y ont perdu la vie. Le président pro-russe Viktor Ianoukovitch , fraîchement destitué de sa fonction par le parlement ukrainien, a pris la fuite. Des rumeurs disent qu’il serait en Crimée, où la situation est très tendue. Les rues de la République autonome de Crimée se parent de drapeaux russes.
" La place Maidan, c’est quoi ? C’est un déchirement entre un pouvoir qui a compris que son futur en matière économique se trouvait peut-être au niveau de l’aide internationale du côté russe. Et une population qui dit 'nous, en termes de projet de société, on veut aller vers l’Europe'. Ce déchirement ne se passe pas de la même manière en Crimée ", résume Alain Lallemand. Dans cette partie de l’Ukraine qui bénéficie d’une forte autonomie, 60% de la population est russophone. Ce qu’il se passe à Kiev est perçu d’un très mauvais œil.
Après les événements de Maïdan, le régime est en train de changer en Ukraine et il devient beaucoup plus hostile à la Russie. Quand les petits hommes verts cagoulés et armés se présentent un peu partout, de Sébastopol à Simferopol, la question qui vient à l’esprit est : s’agit-il de militaires russes ? À l’époque, il y a quelque chose qui frappe directement Alain Lallemand et qui lui fait dire qu’on n’a pas affaire à n’importe qui : " la manière dont ils réagissent face aux journalistes. On se rend compte qu’ils ont été entraînés. Donc ils ont un protocole, ils savent exactement ce qu’ils doivent faire ".
La stratégie de Poutine éclate au grand jour, mais peu importe
Des forces russes ? Vladimir Poutine, le président de la Fédération de Russie, balaie fermement l’idée. " Regardez les territoires de l’ère post-soviétique, il y a des tas d’uniformes qui ressemblent à ceux de l’armée russe ", argumente-t-il.
Mais le 1er mars 2014, sa stratégie éclate au grand jour quand le déploiement militaire russe en Crimée est adopté au Sénat. L’annexion de la Crimée a donc bel et bien démarré, mais toujours sous couvert d’aller protéger les populations russophones de Crimée, selon Vladimir Poutine. Pour une large partie des Criméens, c’est vrai qu’ils sont les bienvenus.
" Les commandements militaires ukrainiens dans certaines armes sont passés à l’autre camp avant même d’être le dos au mur ", rappelle le journaliste du Soir. " L’amiral qui dirigeait la marine ukrainienne s’est rendu aux unités russes et a accepté de reprendre ses fonctions en tant que haut gradé russe, la veille de l’encerclement de ses navires par les navires russes ".
Un référendum controversé et non reconnu
Les choses vont pourtant aller très vite. Le 11 mars, le Parlement de Crimée vote son indépendance. Cinq jours plus tard, un référendum est organisé à la hâte. Pour ou contre le rattachement de la Crimée à la Russie ? Les résultats du référendum sont annoncés, le 17 mars : le taux de voix en faveur est de 96,77%
Cette écrasante victoire n’est reconnue ni par l’Ukraine, ni par la communauté internationale. Ce résultat est même dénoncé par l’Organisation des Nations unies et par les ONG de défense des droits humains. Pour le Président russe Vladimir Poutine, peu importe. Le lendemain, il signe le traité qui rattache la Crimée à la Russie.
L’Ukraine continue à considérer l’ensemble de la péninsule de Crimée comme faisant partie de son territoire. Mais dans les faits, la Crimée est désormais administrée depuis Moscou.
L’Histoire cabossée de la Crimée au fil des siècles
Cette presqu’île avancée dans la mer Noire est passée de main en main. À partir de la fin du 18e siècle, la Crimée a fait partie de l’Empire Russe. Les Tatars, qui occupent le territoire sont pourchassés, privés de leur terre. La péninsule fait ensuite partie de l’Union Soviétique. Entre 1917 à 1933, au début du régime bolchevique, des milliers de Tatars fuient à nouveau la région, remplacés par des citoyens soviétiques. Sous Staline, ils sont 200.000 à être déportés.
En 1954, peu après la mort de Staline, la Crimée est offerte à l’Ukraine, qui fait partie de l’URSS et qui partage la seule frontière terrestre qui rattache la péninsule de Crimée au continent.
En 1991, alors que l’URSS se disloque, la Crimée prend le statut de République autonome, avec ses propres institutions… Mais toujours au sein de la République d’Ukraine. La Russie conserve néanmoins des liens très serrés avec la Crimée. Elle y a des intérêts militaires. Le port de Sébastopol par exemple, est l’unique accès aux mers chaudes pour la flotte militaire russes. Et sa population est aussi majoritairement russophone. Mais Alain Lallemand tient à rappeler " qu’elle l’est devenue dans des conditions inacceptables ".
Une population tatare malmenée
Dans son roman Ce que le fleuve doit à la plaine , qui vient de paraître aux éditions Weyrich, l’ancien journaliste de guerre évoque les persécutions qu’endure la communauté tatare, tout au long de l’histoire. Raison pour laquelle, elle appréhende l’invasion russe de 2014 ; et le payera très cher. Peu de temps avant le référendum, on retrouvera " l’un des représentants tatars, les mains ligotées dans le dos, les yeux arrachés, les côtes brisées", raconte-t-il. " Cette violence-là, disqualifie évidemment le référendum ".
Les Russes reprocheront aussi aux Tatars " d’avoir un comportement Sécessionistes et terroristes " ¨ […] L e simple fait d’avoir organisé des manifestations anti-invasion russe en février 2014 va déjà leur valoir des peines de prison de plusieurs années ."
Et puis cette population originelle, tout comme le peuple tchétchène, est majoritairement musulmane. " Le soviétisme n’est pas compatible avec le culte musulman. Je pense que c’est aussi simple que cela. Il y a un engagement religieux dans les populations musulmanes qui n’est pas tolérable dans la vieille tradition soviétique, qui est bien celle de Monsieur Poutine, ancien du KGB", confie enfin Alain Lallemand.
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